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Association Consultations Psychologiques de Paris-sud

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Le burn-out, comment le diagnostiquer et le prendre en charge ?

23 Mai 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux, #thérapeutiques

Par Eric Favereau dans Libération du 22 Mai

Dans un avis rendu lundi, la Haute Autorité de santé recommande une prise en charge individuelle et personnalisée pour lutter contre ce syndrome complexe.

Burn-out ? Le mot est utilisé à tout va, sans grande précision. On ne sait plus trop quels en sont les contours, il n’empêche que chacun le connaît, le subit. A l’heure des grandes précarités et du chômage de masse, le travail peut rendre lourdement malade. C’est même devenu, aux yeux de certains, «un enjeu de santé publique». On attendait donc avec impatience les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) qui depuis deux ans travaillait sur le sujet. Ce lundi, elle vient de rendre un avis intitulé «Au-delà des débats, faire le bon diagnostic et proposer une prise en charge personnalisée».

Des données floues

On le sent bien, la HAS marche sur des œufs : comment définir quelque chose de flou ? Et comment, ensuite, envisager une prise en charge médicale ? «Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, peut avoir des conséquences graves sur la vie des personnes et il nécessite une prise en charge médicale», note en préambule la HAS. Puis, avec prudence : «Syndrome complexe et aux manifestations diverses, il est mal connu, difficile à repérer, parfois diagnostiqué à tort ou confondu avec d’autres troubles psychiques.»

Bref, nous sommes dans le gris. Lorsque l’on s’interroge sur son importance, cela reste là encore hésitant. L’agence Santé publique France a tenté de décrire «la répartition des différents troubles relevant de la souffrance psychique en lien avec le travail». Elle a montré que la part du burn-out représentait 7% des troubles psychiques rapportés par les médecins du travail en 2012. «Si une extrapolation est faite sur les 480 000 salariés potentiellement concernés par la souffrance psychique en lien avec le travail en France, cela représenterait environ 30 000 cas». Ajoutant aussitôt : «Ce chiffre est probablement sous-estimé.» Donc peu de données fiables. D’autant que le burn-out n’est pas une maladie, mais un syndrome «qui peut souvent passer inaperçu».

Des symptômes dans tous les sens

Dans ce contexte d’incertitudes, la HAS s’est voulue modeste. Que faire, donc ? Première urgence : «Ecarter l’hypothèse d’une maladie physique, juger de sa sévérité et évaluer en priorité le risque suicidaire.» La HAS dresse une liste de signes, non sans rappeler que «ses manifestations diffèrent d’un individu à l’autre, elles s’installent de manière progressive voire insidieuse et elles sont parfois les mêmes que pour d’autres troubles psychiques ou maladies».

Les principaux symptômes sont aussi bien d’ordre émotionnel (comme l’anxiété, la tristesse, l’hypersensibilité, voir l’absence d’émotions), mais aussi cognitif (troubles de la mémoire, de l’attention, de la concentration…). On peut noter des changements de comportement (isolement social, comportement agressif ou violent, diminution de l’empathie, comportements addictifs…), ou de motivations (désengagement, remise en cause professionnelle, dévalorisation…).  Mais cela peut aussi se révéler par des troubles physiques (troubles du sommeil, troubles musculo-squelettiques, gastro-intestinaux…). Bref, c’est très varié, et cela part dans tous les sens. A coté de ces manifestations, «il faut analyser les conditions de travail et les facteurs individuels, afin d’établir le bon diagnostic». Les symptômes repérables n’étant pas spécifiques au burn-out, le médecin traitant et le médecin du travail devront travailler ensemble. «La confrontation de ces différentes analyses permettra alors d’établir ou non le diagnostic de burn-out. Cela permettra en effet de le différencier d’autres troubles psychiques ou d’établir qu’ils coexistent avec lui.»

Médecin traitant et médecin du travail en duo

Que faire dès lors que le diagnostic est posé ? Non sans raison, la HAS fait part de ses craintes d’un recours trop systématique aux médicaments. «La prise en charge du burn-out doit être individualisée», pour la HAS. «Elle repose principalement sur un arrêt de travail, la combinaison d’interventions psychothérapeutiques ou psychocorporelles, et un éventuel traitement médicamenteux», enfin «l’intervention d’un psychiatre pour les cas complexes ou sévères».

La HAS insiste sur la nécessité, ensuite, d’agir sur le contexte socioprofessionnel et sur le fait d’accompagner le retour au travail : «Avant le retour au travail, il est recommandé d’organiser une ou plusieurs visites de pré-reprise avec le médecin du travail.» Ou encore : «Un suivi régulier impliquant le médecin du travail, le médecin traitant et, le cas échéant, le psychiatre, est indispensable pour aider au maintien dans l’emploi du patient.» En tout état de cause, nos experts de la HAS mettent en avant le besoin d'une prise en charge individuelle. 

Pourquoi pas ? Ce sont, en tout cas, des recommandations de bon sens. Mais pour autant, n’est ce pas un vœu un rien pieux dans le paysage actuel ? Les deux intervenants (médecin du travail et médecin traitant) qui vont donc faire face aux burn-out des salariés ne sont pas en pleine forme. La médecine du travail traverse une crise chronique en France. Le nombre des médecins du travail diminue chaque année ; ils (disons plutôt elles car elles sont très largement majoritaires) ont en moyenne 55 ans, sont au nombre de 5 600, et leur baisse est programmée. Quant au médecin généraliste traitant, il ne va guère mieux. C’est une des professions qui est la plus touchée par le burn-out. Avec une prévalence d’épuisement émotionnel de 23% chez les médecins généralistes de la région PACA, notait récemment une étude. «Cette prévalence pouvant dépasser 45% en Bourgogne. Un burn-out complet concernerait 1% des généralistes de PACA et 3 à 4% des généralistes dans les autres régions», poursuivait l’étude.

Au moins, ils ne seront pas dépaysés… par le burn-out de leurs patients.

Eric Favereau
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Pour sourire un peu....

26 Avril 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux

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Handicap psychique et élections présidentielles 2017 par André Bitton

26 Avril 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux

Pour qui peuvent voter des personnes qui sont ou ont été psychiatrisées (soit environ 10 millions de personnes) sachant que les handicapés en général ont été parmi les grands oubliés de cette campagne électorale, et que la question psychiatrique fait partie des tabous de notre société ?

Voici un billet d'humeur écrit avant le premier tour, par André Bitton,

Président du Cercle de réflexion et de proposition d'actions sur la psychiatrie (CRPA),

ancien président du Groupe information asiles (GIA),

ex-patient.

 

 

Je signale à tous qu'à ma connaissance le seul candidat aux élections présidentielles, dont le premier tour a lieu demain, qui ait clairement parlé de la question du handicap psychique et qui ait identifié les pathologies mentales comme les pathologies du 21ème siècle, au cours de cette campagne, a été Benoît Hamon. Cela à travers la problématique du burn out.

Les handicapés en général ont été parmi les grands oubliés de cette campagne électorale (quid par exemple de l'accessibilité du métro parisien pour les handicapés en chaise roulante ?). Quoique tout de même aujourd'hui aux informations du 20 heures de TF1 il a été évoqué que le tueur de la soirée du 20 avril passé qui sur les Champs-Elysées a assassiné un policier en faction et qui lui-même a été tué, présentait un profil tant pénal que psychiatrique. Enfin il fallait sauver les meubles et parler des malades mentaux dangereux ... sic !

Celles et ceux qui sont concernés par eux-mêmes par la psychiatrie et par l'exclusion sociale liée, n'ont pas spécialement pour qui voter demain, mis à part pour Benoît Hamon. Nous devons nous considérer comme à l'ordinaire en tant qu'exclus du champ social et politique.

Raison de plus pour que nous nous fassions entendre. Je recommande pour ma part l'usage du droit, des prétoires, des codes, des arguments et de la rhétorique liée, puisque c'est pour nous un des seuls moyens de nous faire entendre. Nous l'avons prouvé ces dernières années à travers les actions contentieuses du CRPA et antérieurement celles du Groupe information asiles (GIA).

Une précision : les réponses envoyées par Philippe Poutou et le représentant de la France insoumise ces derniers jours à une interpellation produite par l'Union syndicale de la psychiatrie (USP) (cliquer sur ce lien), sur la crise actuelle de ce secteur santé et des prises en charge liées, sont bel et bien des réponses faites à un syndicat de psychiatres. Un tel syndicat se doit de défendre et de représenter in fine des intérêts bien compris de professionnels de la psychiatrie. Or, ce n'est pas à des professionnels de la psychiatrie de parler en lieu et place des personnes psychiatrisées. Les patients en général, tous secteurs santé confondus, ont en effet acquis par des textes législatifs et réglementaires le droit à une prise de parole publique et audible. 

Pour retrouver cet article sur le site internet du CRPA : http://psychiatrie.crpa.asso.fr/640

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Éducation : peu d’idées neuves chez les candidats à la présidentielle

18 Avril 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux

Poursuite ou « détricotage » des réformes engagées, mesures symboliques comme le port d’un uniforme (Fillon), rémunération au mérite (Macron)

Les programmes des candidats à l’élection présidentielle accordent peu de place aux idées nouvelles en matière d’éducation.

Benoît Hamon propose de poursuivre la « refondation » en étendant le « plus de maîtres que de classes».

Jean-Luc Mélenchon est le seul à prôner une rupture radicale, avec la fin de l’enseignement privé sous contrat.

Lisez la suite, article du journal La Croix, par  , le :

http://www.la-croix.com/Famille/Education/Education-peu-didees-neuves-chez-les-candidats-a-la-presidentielle-2017-04-18-1200840379?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20170418&utm_campaign=newsletter__crx_parents&utm_term=613768&PMID=f0e171f450a2d548851f2c5bafe134a6

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Qui a peur de la maladie mentale? de Maurice Corcos

12 Avril 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux

Maurice CORCOS , 

chef de service du département de psychiatrie de l'adolescent et du jeune adulte à la clinique mutualiste Montsouris et professeur de psychiatrie infanto-juvénile à l'université Paris-Descartes a publié 

" Qui a peur de la maladie mentale? " éd. DUNOD

 

 

Le manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux (DSM-5), bréviaire abrégé de l’être humain, outil d’aide à classer-penser, vient de livrer sa dernière version à destination des « psys » avides de disposer de nomenclature pour mesurer le désarroi humain. 

L’auteur développe dix bonnes raisons qui expliquent pourquoi il convient de se méfier de ce manuel qui réduit la vie psychique d’un sujet à quelques formules et codes pour donner l’illusion de la scientificité.


Un antidote à un « prêt à penser » psy qui remplace la réflexion et le travail psychique par la classification, la personne par la pathologie et le sujet par la nomenclature. Un plaidoyer qui rappelle que l’humain ne peut être réduit à une clinique du mesurable et du rationnel.

Interview de Maurice Corcos :

https://youtu.be/faayLwGWw40

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Isolement et contention en psychiatrie : recommandations de la HAS pour améliorer les pratiques

23 Mars 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux

Depuis plusieurs années, les autorités de santé constatent que le recours à l’isolement et à la contention en psychiatrie augmente et  "n’est pas toujours motivé par des raisons thérapeutiques".
 
Afin d’encadrer et améliorer ces mesures normalement "exceptionnelles et limitées dans le temps", la HAS a été saisie et vient de publier une recommandation de bonnes pratiques.
 
La HAS rappelle notamment que l’isolement et la contention ne doivent être utilisées qu’en dernier recours après échec des mesures alternatives de prise en charge.
 
Parmi les points clefs de cette recommandation, la HAS insiste sur le fait que la prescription ne peut être décidée qu’en cas de besoin immédiat, pour "faire face à un niveau de violence exceptionnel". Aucune mesure d’isolement ou de contention ne peut être décidée par anticipation ou "si besoin". La prescription ne peut être rédigée que par un psychiatre après concertation pluriprofessionelle, le patient doit être informé malgré son état, et le suivi médical doit être "régulier et intensif".
 
La mise en œuvre de ces bonnes pratiques implique également des réflexions poussées dans les équipes soignantes et établissements concernés, ce qui pourrait aider à améliorer la situation en corrigeant les disparités régionales et en limitant les surprescriptions.

Précisons, pour le déplorer, que les problèmes actuels de manque de personnel, formé ou non, peuvent rendre difficile l’amélioration rapide des pratiques inadéquates, malgré les bonnes volontés dans ces services difficiles... 


Recommandation de la HAS : présentaiton et liens de téléchargement 
La recommandation de bonne pratique de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur l'isolement et la contention en service de psychiatrie a été mise en ligne en mars 2017.
 
Cette recommandation de bonne pratique concerne les services de psychiatrie générale pouvant accueillir des adultes et adolescents mineurs (pédopsychiatrie, établissements de santé non autorisés à l'accueil de patients en soins sans consentement, urgences, médecine-chirurgie obstétrique, médico-social, unités de soins de longue durée, etc.).

L'isolement, une pratique en hausse en France
Mêmes si les données épidémiologiques manquent, il semble que le recours à l'isolement et à la contention soit en recrudescence, avec des situations inégales d'une région à l'autre, d'un établissement à l'autre, voire d'un service à l'autre.
 

Concernant l'isolement, les données du Rim-P (mesure médicalisée de l'activité hospitalière française, hôpitaux et cliniques ayant une activité en psychiatrie) retrouvent qu'en 2015, 28 100 patients hospitalisés à temps plein en psychiatrie ont été placés en isolement, soit 8,3 % des 330 000 patients hospitalisés chaque année en psychiatrie en France.
 
Ces chiffres auraient augmenté ces dernières années : 6,6 % des patients hospitalisés à plein temps en 2011 concernés par l'isolement, 7,2 % en 2013

Suite de l'article ici :

https://www.vidal.fr/actualites/21100/isolement_et_contention_en_psychiatrie_recommandations_de_la_has_pour_ameliorer_les_pratiques/

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La famille est-elle une démocratie ?

15 Mars 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux

Entre le règne des enfants rois et celui des parents tyrans, l’exercice de l’autorité au sein de la famille est un savant dosage. Et une inépuisable matière à débats.

, pour le journal La Croix)

En ces temps de campagne électorale, la démocratie est sur toutes les lèvres. Du coup, des chercheurs, sociologues notamment, se sont amusés à se demander si ce modèle d’organisation sociale vanté par tous pourrait aussi assurer l’harmonie dans la famille. Après tout, font-ils valoir, celle-ci édicte des règles. Des pouvoirs s’y exercent. En 1994, l’ONU a même déclaré que la famille était « la plus petite démocratie au cœur de la société ».

Pourtant, force est de constater que si l’on se tient à ce que dit la loi, la famille n’est pas une démocratie. Le pouvoir est loin d’appartenir au petit peuple des jeunes citoyens et l’enfant est soumis à l’autorité de ses parents. Historiquement, d’ailleurs, la famille a d’abord été conçue sur un modèle monarchique, avec à sa tête un pater familias détenant le pouvoir sans partage.

Trouver un juste équilibre des pouvoirs

Depuis, pourtant, les choses changent. La démocratie familiale avance à petits pas. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, « l’autorité du mari, chef de famille, s’est peu à peu effacée devant l’autonomie de la femme », explique ainsi la juriste Laure de Saint-Pern. En 1970, la notion d’autorité parentale a remplacé celle de « puissance paternelle ». La famille a donc deux chefs égaux qui doivent négocier entre eux au sujet de l’éducation des enfants.

Ensuite, les enfants aussi ont acquis peu à peu des droits. Citons notamment la convention internationale des droits de l’enfant de 1989, qui pose le principe de « l’intérêt supérieur de l’enfant ». Ou la loi du 4 mars 2002, qui dispose que « les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent selon son âge et son degré de maturité ».

Mais, au-delà de ce cadre institutionnel, c’est bien le lien parents-enfants lui-même qui a changé. Certes, il reste difficile d’imaginer qu’un parent aux prises avec un ado en crise cite Montesquieu : « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. » Pourtant, de nombreuses familles cherchent à leur façon un juste équilibre des pouvoirs, entre autoritarisme et laxisme, entre respect des besoins de l’enfant et autorité nécessaire.

L’autorité doit-elle être partagée avec les enfants ?

Solange, 42 ans, mère de deux enfants, avoue ainsi « ne pas être contre une certaine dose de contestation ». « Bien sûr, poursuit-elle, les enfants doivent rester polis et respectueux mais je n’attends pas d’eux qu’ils soient complètement soumis. Je laisse une porte ouverte au débat, à l’argumentation. » Elle espère qu’une éducation moins verticale que celle qu’elle-même a reçue permettra à ses enfants « d’apprendre à bien se connaître ». « J’ai trop regretté de n’avoir jamais été incitée à penser par moi-même pendant mon enfance. Du coup, j’ai eu beaucoup de mal à m’affirmer et, plus tard, à trouver ma voie », conclut Solange.

Est-il pour autant concevable, voire souhaitable, que l’autorité familiale soit partagée avec les citoyens en culotte courte que sont les enfants ? Il y a quelques années, la question a profondément divisé la communauté éducative. D’un côté, emmenés par le pédiatre Aldo Naouri, certains y ont vu une forme de démission des parents qui céderaient à tous les caprices de leurs « enfants rois ».

De l’autre, de nombreux spécialistes ont nuancé ce constat. Ainsi, le sociologue François de Singly explique que les enfants sont certes de plus en plus libres de donner leur avis sur la couleur des murs de la maison ou les menus, mais que ce sont bien les parents qui gardent le pouvoir réel, aujourd’hui comme hier.« Tout d’abord, ils choisissent clairement l’orientation de leurs enfants. Ensuite, si les enfants avaient leur mot à dire, il est bien certain que le taux de divorce serait très différent. Les enfants ne veulent pas que leurs parents se séparent, ce qui n’empêche absolument pas ceux-ci de le faire. »

« Nous pensons encore largement nos enfants comme des sujets »

« Les familles sont loin d’être démocratiques, confirme de son côté la coach familiale Nathalie de Boisgrollier. Nous pensons encore largement nos enfants comme des sujets. Sous couvert d’amour, nous dirigeons leur vie, nous les contrôlons. » Les parents sélectionneraient mine de rien les copains de leurs jeunes enfants, acceptant certaines invitations, en refusant d’autres. Puis, à l’âge des premières amours, certains décourageraient même une relation qu’ils n’approuvent pas, témoigne encore Nathalie de Boisgrollier. Finalement, aujourd’hui encore, beaucoup d’enfants ne choisiraient pas vraiment leur avenir.

« Il faudrait pourtant les écouter davantage sur ces grands sujets, insiste Nathalie de Boisgrollier. Et, d’une façon générale, il faudrait habituer les enfants, même jeunes, au débat démocratique. Les mots modèlent l’enfant. En discutant avec eux, on leur apprend à écouter, à argumenter, à accepter des avis différents. Dire à un enfant “tiens, tu as peut-être raison”, “tu crois ?” ne va pas forcément de soi pour certains adultes. Pourtant, cette attitude aide l’enfant. Elle lui permet d’apprendre la liberté de penser. »

Une « troisième voie éducative »

De plus en plus de parents cherchent néanmoins cette fameuse « troisième voie éducative ». Certains s’inscrivent à des ateliers d’aide à la parentalité, comme ceux proposés par Béatrice Sabaté, représentante en France de la discipline positive de la psychologue américaine Jane Nelsen. Selon cette approche, la juste séparation des pouvoirs familiaux se fonde sur trois piliers : la fermeté, la bienveillance et l’encouragement. « Nous rappelons aux parents que la bienveillance et la fermeté s’articulent très bien grâce au respect. Or ce respect, c’est aussi le respect d’eux-mêmes, de leurs valeurs essentielles sur lesquelles ils ne doivent pas céder. Ainsi chacun reste clairement à sa place. »

Aux Ateliers Gordon, fondés sur les travaux du pionnier de la psychologie Thomas Gordon, l’approche est assez similaire. « Nous apprenons une façon de communiquer aux parents qui viennent nous voir, explique Nathalie Reinhardt, coordinatrice. Toutefois, nous affirmons aussi qu’une famille a besoin de règles pour fonctionner et nous conseillons aux parents de ne rien céder là-dessus. Nous leur donnons juste des outils pour être mieux entendus. » Preuve que, dans la famille comme au Parlement, l’art du débat est bien le cœur de la démocratie.

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Le défenseur des enfants en position d’arbitre

En 2000, la loi crée un défenseur des enfants, qui a pour mission de « défendre et promouvoir l’intérêt supérieur et les droits de l’enfant ». Originalité du dispositif : les enfants peuvent directement appeler leur défenseur s’ils estiment leurs droits bafoués d’une quelconque façon et, a fortiori, par un de leurs parents. Charge au défenseur de relayer ou non devant la justice. C’est la reconnaissance que le pouvoir des parents doit s’exercer en respectant les droits de l’enfant. Depuis 2014, la défenseure des enfants est Geneviève Avenard. Elle est l’adjointe du défenseur des droits, Jacques Toubon : www.defenseurdesdroits.fr

Emmanuelle Lucas
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Apprivoiser les écrans, c'est apprendre à grandir (Serge Tisseron)

26 Février 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux

Apprendre à s’en servir, apprendre à s’en passer

 

Quel parent ne s’est pas demandé à quel âge laisser son jeune enfant utiliser une tablette, quelles limites poser à la consommation de télévision ou encore quand autoriser la fréquentation des réseaux sociaux ? Les balises 3-6-9-12 sont conçues pour répondre à ces questions, et aussi à beaucoup d’autres ! Quatre repères les structurent : 3 ans, l’entrée en maternelle ; 6 ans, l’entrée en CP ; 8-9 ans, l’âge où l’enfant maîtrise en principe la lecture et l’écriture ; et enfin le passage au collège à 11 ans, bientôt suivi par l’adolescence. Un fil rouge les réunit : aucun écran n’est mauvais en soi, tout dépend du moment et de la façon de les introduire dans la vie de l’enfant, exactement comme on le fait en diététique pour les aliments.

Aujourd’hui, la campagne 3-6-9-12 commence à être connue non seulement en France, mais aussi à l’étranger. En novembre 2013, Serge Tisseron a reçu à Washington un Award du Family Online Safety Institute (FOSI), au titre de contribution majeure à une bonne utilisation des outils numériques dans les familles.

Mais ces balises ne sont évidemment pas définitives, car les technologies évoluent et leurs usages aussi. Leur objectif n’est pas d’expliquer à chacun « ce qu’il faut faire », mais de dire haut et fort : « il faut en parler ». D’où l’idée de les faire connaître sous la forme d’affiches afin que les écrans deviennent un objet de débat public. Partout où l’affiche 3-6-9-12 est installée, des parents la regardent, en parlent, échangent leur point de vue, créent du lien, et c’est exactement ce qui est recherché.

Télécharger les affiches : 

Les affiches de la campagne sont  téléchargeables ici : affiche 3-6-9-12

Elles peuvent aussi être commandées en version papier à  : a.bardou@editions-eres.com ; ou bien au : 0561754082

Leur fichier numérique est également accessible pour les institutions qui souhaitent en modifier la présentation et/ou ajouter leur logo. Contact : anne.hebert@wanadoo.fr

Pour soutenir cette campagne, des conférences peuvent aussi être organisées à la demande des associations de parents et des institutions éducatives : Conférences

Car nous ne transformerons nos relations aux écrans que tous ensemble !

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Les chiffres affolants des soins psy sans consentement (par Eric Favereau dans Libération du 15 février 17))

16 Février 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux

 

L’étude de la démographe Magali Coldefy publiée ce jeudi montre une augmentation constante des hospitalisations, mais aussi des traitements à domicile obligatoires, autorisés depuis 2011. Et pointe des disparités importantes en fonction des régions.

Ce sont près de 100 000 patients qui ont été hospitalisés en psychiatrie sans leur consentement l’an dernier en France. Le chiffre est énorme : 92 000 patients, exactement, enfermés contre leur gré, parfois quelques jours, d’autres fois plusieurs semaines. Soit 12 000 de plus qu’en 2012, comme le révèlent les dernières données sur «les soins sans consentement en psychiatrie» de la démographe Magali Coldefy, publiées ce jeudi dans la revue de l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé. Son travail est saisissant, l’évolution inquiétante. On assiste en effet à une hausse sensible entre 2012 et 2016, mais qui fait suite à une augmentation encore plus forte entre 2006 et 2011, atteignant presque les 50 %.

Au total, depuis dix ans, on peut parler d’un doublement de ces hospitalisations sans consentement. Et parallèlement, durant cette même période, on constate une multiplication des pratiques d’isolement et de contention (lire Libération du 28 mars 2016). Que se passe-t-il donc derrière les murs de nos établissements psychiatriques ? La question des liens entre la liberté et la santé mentale se pose de façon insistante.

Que dit la loi ?

D’abord, un rappel : la psychiatrie est une exception. On l’oublie, mais le consentement est la règle d’or du soin. On ne soigne que librement. C’est la condition indispensable à toute prise en charge thérapeutique. Néanmoins, la législation française prévoit, «en cas de troubles psychiatriques sévères affectant la conscience et le besoin de soins, le recours aux soins sans consentement afin de prévenir le préjudice pour le patient de l’absence de soins».

La législation française sur les soins sans consentement a par ailleurs été modifiée par la loi du 5 juillet 2011 (lire Libération du 30 mai 2011). Y sont réaffirmés les droits des personnes prises en charge dans ces conditions. Et la loi a introduit deux mesures phares : l’intervention du juge des libertés et de la détention dans le contrôle de l’administration des soins sans consentement ; celui-ci, dans les douze jours, doit donner son aval à cette décision. Autre mesure importante, la possibilité, non plus d’une hospitalisation, mais de soins ambulatoires obligatoires : la personne n’est plus internée, mais elle a l’obligation de suivre chez elle un programme de soins avec un suivi régulier à l’hôpital.

Qui sont les personnes visées ?

En 2015, plus de 1,7 million de personnes âgées de 16 ans ou plus ont été prises en charge dans les établissements de santé publics et privés de soins psychiatriques, dont 92 000 sans leur consentement, comme l’a calculé Magali Coldefy : «81 000 ont été hospitalisées au moins une fois à temps plein dans l’année, soit une augmentation de 11 % par rapport à 2012.» Autre donnée : «Alors qu’en 2012, 4,8 % des patients étaient suivis sans leur consentement, ils représentent 5,4 % des patients en 2015.»

Dans une étude précédente, réalisée cette fois-ci en Ile-de-France, Magali Coldefy avait également observé que «les hommes sont surreprésentés, avec 60 % des personnes prises en charge sans consentement, contre 47 % parmi l’ensemble des personnes suivies en psychiatrie».

Plus généralement, dans l’Hexagone, l’âge moyen de ces patients est de 43 ans, ils sont plus jeunes que les personnes traitées en psychiatrie générale, qui ont 47 ans en moyenne. «Les personnes ayant reçu un diagnostic de troubles schizophréniques ou psychotiques représentent près de la moitié des personnes prises en charge sans consentement […]. Les troubles bipolaires (11 %) et de la personnalité (8 %) sont également plus fréquents chez les personnes prises en charge sans leur consentement.» Ces chiffres recensés par la chercheuse confirment ainsi que «ce sont bien les personnes souffrant des troubles psychiatriques les plus sévères qui nécessitent plus fréquemment que les autres, à un moment de leur parcours de soins, une prise en charge non consentie».

Pourquoi une telle augmentation ?

Pour la démographe, au moins deux raisons expliquent cette hausse constante. D’abord, il y a «l’extension des modalités de prise en charge sans consentement aux soins ambulatoires et à temps partiel». On peut contraindre au traitement à domicile, et non plus seulement à l’hospitalisation. Ainsi, en 2015, près de 37 000 personnes ont eu des soins ambulatoires obligatoires, soit 40 % des personnes ayant reçu un traitement sans consentement.

L’autre facteur est l’apparition d’un nouveau mode de placement, avec l’admission en soins psychiatriques pour péril imminent (SPI) : le patient arrive aux urgences et le personnel, plutôt que de chercher un tiers pour éventuellement l’hospitaliser, va le rediriger directement en psychiatrie, sans son consentement. Pour ce faire, il suffit de deux certificats médicaux. Selon la démographe, la banalisation du recours aux SPI par les professionnels s’explique par le fait qu’il s’agit d’une procédure plus simple et moins lourde : «Initialement destinée aux personnes désocialisées ou isolées pour lesquelles il était difficile de recueillir la demande d’un tiers, cette mesure connaît une montée en charge qui dépasse la procédure d’exception.»

Quelle répartition territoriale ?

Au-delà de la question de la pertinence de l’hospitalisation sans consentement, le travail de Magali Coldefy pointe un fait important : les grandes variations en fonction des régions. On observe des taux qui varient dans un rapport de 1 à 10 selon les départements. Ceux présentant des ratios élevés en 2015 sont l’Yonne, le Vaucluse, le Val-de-Marne, les Hautes-Pyrénées, la Corrèze et la Haute-Saône. A l’inverse, certains départements présentent des taux très inférieurs à la moyenne française, comme la Haute-Marne, la Corse, les Hauts-de-Seine, la Saône-et-Loire, le Doubs, l’Eure-et-Loir, les Landes, l’Aude ou encore les Hautes-Alpes.

Plusieurs facteurs expliquent ces disparités. Certains tiennent à l’offre de soins. Ainsi, en Ile-de-France, la population parisienne est parfois prise en charge par des établissements situés en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne ou l’Essonne. Reste que l’importance de ces disparités est surtout due aux caractéristiques socio-économiques des territoires concernés. «Dans une étude précédente, nous avions observé des taux plus élevés d’hospitalisations sans consentement dans les centres urbains, dans les zones marquées par une "fragmentation sociale" et une précarité plus importante. Enfin, il est vraisemblable que les pratiques soignantes, la culture médicale vont intervenir pour expliquer les disparités observées entre établissements, voire au sein même d’un établissement, entre secteurs de psychiatrie», analyse Magali Coldefy. Mais ces différences paraissent s’amplifier. Ce qui pose plus généralement des problèmes d’équité dans l’accès des citoyens aux soins. «En France, les patients sont soignés de manière très différente selon leur lieu d’habitation», conclut la démographe. Et ceci n’est pas propre à la psychiatrie.

Eric Favereau
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BURN-OUT : La HAS (Haute autorité de Santé) prépare des recommandations à l’attention des médecins

1 Février 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Sujets et enjeux, #thérapeutiques

La HAS planche sur le burn-out

par Rozenn Le Saint et François Desriaux
Article Web - 31 janvier 2017
 

La Haute Autorité de santé (HAS) prépare des recommandations à l’attention des médecins pour la prise en charge thérapeutique et l’accompagnement des personnes atteintes de burn-out. En excluant la prévention et en intégrant la fragilité psychologique individuelle, la démarche inquiète des médecins du travail.

Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, a le vent en poupe. Sa reconnaissance comme maladie professionnelle est l’un des chevaux de bataille de Benoît Hamon, vainqueur dimanche soir de la primaire socialiste. Et, depuis juin 2016, une mission d’information emmenée par le député frondeur Gérard Sebaoun, lui-même ancien médecin du travail, planche sur ce thème à l’Assemblée nationale. Son rapport devrait sortir d’ici la fin du premier trimestre.

Selon nos informations, la Haute Autorité de la santé (HAS) a également été saisie de cette question par un courrier de Marisol Touraine daté du 27 avril 2016. Dans les documents de travail de la HAS auxquels Santé & Travail a eu accès, il est indiqué que la ministre de la Santé a souhaité « l’élaboration de recommandations de bonne pratique à destination des médecins du travail et des médecins généralistes sur le repérage, la prévention et la prise en charge du syndrome d’épuisement professionnel (SEP) ou burn-out, ainsi que sur l’accompagnement des personnes lors de leur retour au travail ». Cette demande s’inscrit dans le troisième plan santé au travail (PST3), lequel prévoit de s’attaquer à la prévention des risques psychosociaux (RPS), notamment à celle du burn-out.

Exit la prévention

Sauf que, d’après les documents que nous nous sommes procurés, la version du projet de « fiche mémo » soumise à des experts de différentes disciplines, à des associations de patients et à des organismes de recherche a d’emblée écarté la prévention. « Ces recommandations se limitent au volet clinique du thème : l’action sur le milieu et l’organisation du travail est exclue du champ de ces recommandations », peut-on lire dans le préambule. Celle-ci est « néanmoins indispensable dans une démarche de prévention primaire, secondaire ou tertiaire du burn-out », affirme l’un des documents de la HAS. Mais elle est renvoyée à un groupe de travail associant l’ensemble des responsables des ministères du Travail et de la Santé et des partenaires qui aborderont cette question dans le cadre du PST3.

Un choix qui étonne et inquiète plusieurs spécialistes de santé au travail que nous avons consultés. Ainsi, pour l’un d’entre eux, « ce “saucissonnage” n’est pas pertinent, surtout que les recommandations de la HAS s’adressent certes aux généralistes, mais aussi aux médecins du travail, lesquels sont chargés d’une mission exclusivement préventive ».

Pour Philippe Davezies, chercheur en médecine et santé au travail, « la confusion de départ [avant la saisine de la HAS, NDLR], c’est d’avoir fait du burn-out une maladie. Cela fausse tout le raisonnement. Le syndrome d’épuisement professionnel est une manifestation de la souffrance au travail, une spirale dangereuse qui peut déboucher sur des pathologies psychiques classiques, comme la dépression, ou sur des pathologies somatiques chroniques, comme les pathologies cardiaques. Pour éviter de basculer dans la maladie, la voie la plus sûre est d’aider les salariés à penser et à exprimer les conflits de logique non discutés auxquels ils se trouvent confrontés en situation de travail et qu’ils affrontent dans l’isolement ».

Fragilité personnelle

Une autre approche de la HAS sème le trouble chez les professionnels de la santé au travail : celle des caractéristiques personnelles des sujets (traits de personnalité, antécédents dépressifs…) comme facteurs de risque du burn-out. Certes, le projet de fiche mémo discuté prend bien soin de préciser que « ces facteurs individuels ne peuvent servir qu’à préconiser une prévention renforcée, et ne sauraient bien sûr en aucun cas constituer un élément de sélection des travailleurs », mais la mention de tels facteurs choque plusieurs de nos interlocuteurs des services de santé au travail. « Evoquer les fragilités personnelles comme un terreau propice au développement du burn-out n’incite pas à la réflexion sur les mesures collectives destinées à prévenir ce risque lié à l’organisation du travail », regrette l’un d’entre eux. D’autant que le rapport d’élaboration de la HAS, qui a servi de base à l’établissement de la fiche mémo, rappelle qu’en l’état actuel des données scientifiques il est impossible d’établir un lien de causalité entre ces caractéristiques personnelles et le syndrome d’épuisement professionnel.

Rôle clé du médecin du travail

Au-delà de ces aspérités, on retiendra du projet de fiche mémo que la HAS invite d’abord les médecins du travail à s’interroger sur les conditions de travail et les six catégories de facteurs de RPS tirés du rapport de Michel Gollac : l’intensité et l’organisation du travail inadaptées, les exigences émotionnelles importantes, l’autonomie inadaptée, les relations de travail dégradées, les conflits de valeurs et l’insécurité de l’emploi.

Dans la partie consacrée à la prise en charge des victimes d’épuisement professionnel, sujettes « au risque suicidaire, aux troubles de l’adaptation, anxiodépressifs, syndromes post-traumatiques chroniques », la HAS préconise que « le médecin traitant se [mette] en contact avec le médecin du travail (sous réserve de l’accord du malade) pour alerter et avoir un éclairage sur le lieu de travail ».

Elle souligne également le rôle clé du médecin du travail et de l’équipe pluridisciplinaire dans la préparation au retour à l’emploi du salarié traumatisé par ses conditions d’exercice professionnel.

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