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Association Consultations Psychologiques de Paris-sud

L'AUTISME N'EST PLUS CE QU'IL ÉTAIT, par Alain Gillis, psychiâtre, sur Médiapart (11/1/17)

13 Janvier 2017 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #autisme

Une émission du lundi 9 janvier sur France Culture à 16h 

La Méthode scientifique L'autisme : quelles origines, quels traitements ?

nous apprend que le nombre d’autistes s’est trouvé multiplié par 10 en quelques décennies. Un pour 100 des français sont  maintenant autistes. Cette inflation de chiffres, une épidémie (?)  nous vient d'outre atlantique depuis quelques années.

Voici le billet d'Alain Gillis :

Que se passe-t-il ? Thomas Bourgeron et Frédérique Bonnet- Brilhaut, respectivement généticien et professeure à la faculté de médecine de Tours, tous deux spécialistes de l’autisme font part d’un élargissement sensible  du cadre de l’autisme, ce qui en augmente mécaniquement l’effectif.

Un recrutement, un appel à la quasi totalité des déficients intellectuels, a eu pour effet d’agrandir cet ensemble de plus en plus équivoque : l’autisme. Ainsi, de nombreux enfants déficients ayant tendance a parler moins que d’autres et à se tenir en retrait, peuvent-ils  maintenant se trouver autistes… (Ceux là, impitoyablement « dépistés » et précocement « diagnostiqués », seront probablement facilement améliorés…)

 Un peu plus avant dans l’émission on apprend que la comorbidité est très importante. Ce qui veut dire que les autistes (70 pour 100 d’entre eux), sont porteurs de bien d’autres anomalies : séquelles d’un méningite, d’un trauma crânien, d’une épilepsie, d’une hypoxie néonatale, d’une anomalie génétique atypique, etc. L’autisme devient alors un symptôme parmi d’autres. Il peut signifier une diversité de troubles peu spécifiques comprenant toutefois une des caractéristiques chères à Kanner. 

 Voyons un peu du côté du génome. Il se trouve que Thomas Bourgeron, généticien très impliqué dans ces recherches, est honnête, sympathique et sans illusions superflues. Il est très, très scientifique ! C’est sûrement ce qui lui permet de douter sans problème de toute coïncidence rêvée entre tel ou tel gène et l’autisme. Il insiste au contraire sur la diversité heterogène des manifestations cliniques, il insiste également sur la pluralité et la dispersion des sites génétiques susceptibles d’avoir un rôle dans la constitution de telle ou telle forme d’autisme. Il insiste enfin, et c’est fondamental, sur le fait que les groupements d’autistes, les cohortes les plus importantes  perdent en route les éléments d’analyse fine qui  permettraient d’accéder à la compréhension d’un petit groupe d’individus typiques, mais peu nombreux… A la fin, Thomas Bourgeron explique la nécessité de faire dans la « haute couture », c’est à dire du sur mesure, c’est à dire du cas par cas ! Exit les bonnes vieilles caractéristiques aussi générales qu’introuvables.

Très bien, c’est ce que certains cliniciens, j’en connais au moins un, pensent depuis longtemps.

 Voyons maintenant du côté fonctionnel et cognitif. Comme on pouvait s’y attendre, on trouve des différences neurophysiologiques entre les « autistes » ou apparentés, et les autres, les « normaux ».

 On constate, en imagerie fonctionnelle, chez les « autistes », des particularités dans la mobilisation de certains circuits neuronaux  et ces différences coïncideraient - plus ou moins précisément - avec les troubles observés tant au niveau du regard, des interactions sociales, de la compréhension des situations, de la lecture, des émotions, etc… Cette coïncidence entre des troubles cliniquement repérables et des différences neurophysiologiques est mise en avant pour mettre en place  un traitement. Lequel ?

En voici le principe :  par des stratégies de jeu et d’échange, par stimulation appliquée, comme chirurgicalement (dixit le docteur Bonnet Brilhaut) à chacun des comportements repérés cliniquement et rattachés à des manifestations électrophysiologiques, on doit pouvoir restaurer ou constituer le faisceau neuronique d’une « resynchronisation de l’enfant ». Après coup on vérifie et une amélioration s'objective à l'IRM.

 C’est là où, à mon avis, le bât blesse. Car il est question d’accréditer l’idée que sans ce repérage,  clinico-électrique, sans cette adresse chirurgicale, on ne saurait rien modifier de pertinent. Ce fantasme qui promeut l’idée d’une opération cognitive ciblée sur les éléments neuro-comportementaux, opérés les uns après les autres, ce fantasme entérine le schéma mécaniste d’un découpage auquel on devrait sacrifier lorsque l’on s’occupe d’un enfant présentant de l’autisme.

Or, il est à la portée de toute prise en charge de viser un effet de la plasticité cérébrale pour peu qu’on s’en occupe avec constance, ténacité et désir de partage. Sans qu’il soit du tout nécessaire de préconiser une technique d’allure chirurgicale. Dans le cours d’une participation, dans la poursuite éducative quotidienne d’une rencontre vraie avec l’enfant, celui-ci se trouve entraîné par des conduites qui prennent valeur d’exemple, développent l’espace relationnel et agissent par conséquent sur les déterminants du comportement social sans devoir les viser un à un...

 Quand j’observe dans une institution les modifications de tenue et de comportement d’un enfant qui bénéficie d’un travail de compréhension et de proposition éducative réfléchie, je ne doute pas qu’on trouve en lui les traces, l’imagerie reflétée  de ce travail de « haute couture » réalisé dans le courant de la vie institutionnelle par des éducatrices spécialisées fortement investies et bien renseignées sur la réalité de leur travail. Pourquoi pas ?

 Que ces vertus professionnelles de réflexion, de compréhension et de proposition  ne soient pas souvent à l’œuvre dans les lieux qui devraient s’y consacrer est un autre problème. Il s’agit d’une carence, grave. Mais cette carence ne prouve pas du tout la supériorité des dispositifs d’allure scientifique établis dans quelques citadelles expérimentales. Ce sont les moyens attribués au tout venant des institutions qui empêche que se développe une intelligence de la différence et une attitude thérapeutique réfléchie.

 Mais cet autre problème, connexe, ne peut être évoqué ici sans donner à ce billet une longueur qui découragerait la lecture.

 

Alain Gillis

 (Cet autre problème c’est celui de l’organisation d’un service public qui se débarrasse de la pédopsychiatrie en plaçant les enfants dans des IME dépourvus de psychiatres. Ça, c’est fort, et c’est simple ! Nous y reviendrons.)

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