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Association Consultations Psychologiques de Paris-sud

La série En Thérapie, un reflet fidèle de la réalité d'une thérapie ?

4 Mars 2021 , Rédigé par c-p-p-sud Publié dans #Actualités, #thérapeutiques

Au delà de côté très divertissant de cette série, qui est un grand succès sur Arte et arte.tv, que peuvent en tirer les personnes qui, en souffrance ou en interrogation, vont peut-être franchir le pas et tenter la démarche ?

Celle d'une thérapie qui ne soit pas sous-tendue par des théories ou des techniques comportementalistes ou d'hypnose, ou de remédiation neurologique, etc, souvent jugées décevantes pour leurs effets positifs qui ne durent pas...,

mais d'une thérapie plus en profondeur, qui interroge le sujet, son psychisme dans ses racines, et qui met au jour les sources et les déterminants actuels des souffrances et symptômes pour permettre à la personne de retrouver son pouvoir sur ce qui lui arrive, et accéder à un mieux être plus permanent

Une interview intéressante de la revue LA VIE (lavie.fr) :

Regard de psy sur la série « En thérapie »

par Anne-Laure Filhol, du psychologue et psychanalyste Jacques Arènes,

qui analyse cette série.

(l'acteur Philippe Dayan)

Adaptée de la série israélienne « BeTipul » et réalisée par le duo Toledano et Nakache, « En thérapie » nous conduit dans le secret d'une consultation de psychanalyse.

Au fil des épisodes diffusés sur arte.tv, puis sur Arte, les personnages dévoilent leurs failles, leurs doutes et leurs traumas, après les attentats du 13 novembre 2015. Jacques Arènes, psychologue et psychanalyste, décrypte pour nous les ressorts de cette série à regarder sur le divan. 

Que pensez-vous de cette série ?

Elle est bien faite, avec de très bons comédiens dont les dialogues sont ciselés et intelligents. Cette série nous place clairement dans un cadre psychanalytique, sur un modèle plutôt lacanien, avec des séances d’environ 20 minutes – le modèle freudien est plus proche des 40 minutes. On est très pris, un peu comme dans une série policière. Sauf que cela ne se passe pas vraiment comme ça dans la réalité : on peut s’ennuyer en cure, que cela soit côté psy ou côté patient ! Il y a des moments de blancs, des latences, et non, comme nous le voyons ici, des avancées flagrantes à chaque séance.

Les choses n’ont pas lieu avec cette densité, cette intensité. Et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable, car cela ne laisserait pas le temps à l’élaboration. En somme, cette série montre en quelques séances ce qui peut arriver dans la réalité en quelques mois. Reste qu’elle est très juste dans sa manière de montrer comment le psychanalyste peut décaler les patients dans leur manière de penser.

Alors que la psychanalyse est souvent considérée comme élitiste ou absconse, En thérapie révèle-t-elle justement un visage plus accessible de cette discipline ?

Cette série montre bien que la psychanalyse est un lieu où l’on essaie de penser sur ses propres pensées et schémas de pensées. Que derrière ce que l’on croit être des évidences, beaucoup de choses inconscientes nous meuvent. Et qu’elle peut contredire l’expression selon laquelle « on ne se refait pas ».

La psychanalyse offre en effet de s’extraire d’un discours évident pour oser en regarder un autre sous-jacent, douloureux, honteux, ou lourd. Mais ce regard posé est seulement possible face à une personne bienveillante et de confiance. On parvient en effet à dire parce qu’on a confiance et que l’on sait que cela ne va pas être utilisé. On le voit très bien dans la série avec Camille, par exemple, cette jeune adolescente abusée.

Quel regard portez-vous sur le personnage de Philippe Dayan, incarnant le psychanalyste ?

Il joue certes très bien, mais je dirais qu’il est presque trop brillant ! Il veut toujours montrer qu’il est le plus intelligent, le sachant, ce qui à mon avis écrase les patients. Même si c’est tout de même contrebalancé par le fait qu’il est en crise, il est dans une espèce de combat verbal relevant presque de la joute – et particulièrement avec sa contrôleuse, Esther (jouée par Carole Bouquet, ndlr). Moi, si j’étais dans une tension permanente comme ça avec mes patients, je serais épuisé !

Le but de la psychanalyse n’est pas de montrer qu’on est plus intelligent que son patient, dans une posture surplombante, mais de l’aider à découvrir ce qui le meut inconsciemment. Aussi, avec Philippe Dayan, on pourrait croire que le psy sait tout de l’inconscient. Or, on peut avoir des hypothèses d’interprétation, mais notre travail est de les proposer au conditionnel et de les vérifier auprès du patient – et ce, au bon moment et de la bonne manière, au risque sinon de faire beaucoup de dégâts. Et c’est à eux de les confirmer ou non, dans le temps.

Ce n’est pas ce que fait le psy de la série ?

Philippe Dayan, lui, interprète, analyse, et le partage à ses patients. Je le trouve donc parfois intrusif ou catégorique, comme s’il avait scanné leur inconscient. Il est trop plaqué, mécanique dans l’interprétation, ou caricatural dans la manière dont il avance les choses. Il en dit beaucoup trop et devrait davantage se taire. À certains moments tout de même, il est moins démonstratif et directif dans sa manière de conduire la séance, et là c’est très bien vu. En fait, il n’est plus caricatural lorsqu’il écoute et qu’il se montre attentif aux petites choses, aux détails : le timbre de voix, les silences, certains signes corporels… et qu’il aide à relier les différents moments entre les séances.

La psychanalyse ne consiste en effet pas à ériger de grandes théories, mais à faire un travail de mise en lien, en collaboration le patient. Il manque à la série cette dimension. Je dirais d’ailleurs que Philippe Dayan sort particulièrement de la joute pour se placer davantage dans une relation d’accompagnement avec Camille, la jeune fille de 16 ans.

Et que pensez-vous des patients ? Montrent-ils un visage réaliste de ce qu’un psychanalyste peut observer dans son cabinet ?

Ils sont globalement tous brillants, actifs et insérés dans la société. Or, cette vision est un peu déformée… Cette série montre des sujets qui n’ont pas vraiment accès à une partie d’eux-mêmes et qui ne cherchent pas à s’y pencher. Dans la réalité, on voit au contraire des personnes qui sont plutôt enclines à réfléchir sur elles-mêmes et qui peuvent notamment avoir des difficultés pour agir, qui peuvent se placer en retrait de la société, etc. En fait, dans cette série, les patients ne vont pas si mal que ça !

En quoi cette série reflète-t-elle, à travers toutes ces trajectoires personnelles, une société, avec ses failles et fractures ?

Plus que le traumatisme collectif du Bataclan (la série débute au lendemain des attentats, en novembre 2015, ndlr), ce sont divers comportements de la part des cinq patients qui sont symptomatiques de tendances actuelles. Mélanie Thierry par exemple, qui joue Ariane, une jeune chirurgienne de 35 ans, a une façon « trash » d’aborder la sexualité. Les patients aujourd’hui sont beaucoup moins inhibés qu’il y a 30 ans. Ils sont aussi plus dans la pulsion et dans l’action qu’avant. On fait, et on réfléchit après, quand bien même on est intelligent. 

Cette série montre bien également le désir de nos contemporains de prendre des décisions rapides. Ils veulent de l’efficacité en trois séances. On est dans l’urgence continuelle à vivre sa vie, avec des attentes et les tensions qui ne peuvent pas être différées. Ces hommes et ces femmes incarnent l’exact contraire des couples des années 1960 confits dans leurs habitudes. Tous ont peur d’être enterrés avec leur compagnon. On le voit bien avec Ariane par rapport à son engagement ou non dans le mariage, ou avec Adel, qui quitte sa femme sur un coup de tête. Il y a aussi ce couple en crise, Léonora et Damien, attendant du psy qu’il prenne presque la décision pour eux de garder ou non l’enfant à naître… comme si le psy était une sorte de technicien aidant à prendre une décision.

Ce n’est pas le cas ?

Il accompagne certes, mais on assiste à une telle angoisse de la décision qu’il faut aller vite. Cela dit beaucoup de la difficulté contemporaine à se pencher sur soi. Notre société vit un déficit de l’intériorité, avec des sujets qui ont l’impression que la décision doit s’imposer à eux et qu’il faut faire vite. Aujourd’hui, l’action est donc presque addictive. 

À ce propos, les gens vivent aujourd’hui plus d’arrachements relationnels – les liens étaient plus forts, solides, sécurisants autrefois –, ce qui peut entraîner des conduites addictives avec des effets de manque très forts. Ariane, par son histoire, va ainsi faire l’amour avec le flic pour satisfaire un manque très fort, en corrélation directe avec son psy dont elle est amoureuse. Reste que du point de vue des acteurs, ils jouent tous extrêmement bien, et cette série ne montre finalement pas de grands souffrants psychiques. Aucun n’est psychotique. Elle pointe du doigt des problématiques assez banales, communes, et, par là même, la manière de souffrir aujourd’hui.

« En thérapie » : à retrouver en intégralité sur arte.tv à partir du 28 janvier, et sur Arte du 4 février au 18 mars à 20 h 55

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